Mauxdescrisvains

Mauxdescrisvains

NOUVELLES


QUAND ESSAI CLINIQUE RIME AVEC GROS HIC Fin

ATELIER ESSAI CLINIQUE.jpg

Avant même d'arriver sur les lieux, son cerveau fut envahi par une véritable cacophonie, Marine sut alors que quelque chose clochait quand elle en distingua quelques bribes « complètement barge » « c'est quoi ces conneries » « quand j'dirai ça à ma femme ».

 

Aussi, ne fut-elle pas étonnée de voir l'endroit grouillé de policiers, facilement reconnaissables à leurs brassards rouges. Ceux-ci s'affairaient telles des fourmis, faisant des allers-retours, les bras chargés de cartons, entre l'entrepôt et un fourgon stationné à l'entrée. Un petit homme d'une cinquantaine d’années, à la chevelure fournie poivre et sel « certainement le commissaire », songea Marine, supervisait les opérations en leur aboyant des ordres afin qu'ils fassent plus vite. Dans sa tête, des mots sortaient de toutes parts, se chevauchant à ceux prononcés réellement par les hommes. Impossible de faire le tri, le tapage était bien trop important pour qu'elle puisse saisir quoi que ce soit de leurs pensées. Sans réfléchir, elle passa sous le cordon qui délimitait les lieux et s'avança jusqu'au responsable présumé :

Mais enfin, qu'est-ce qui se passe ici ? Et où est le professeur Xyolitique ? Et puis qui êtes vous ?

 

Levant les yeux de son carnet, le petit homme à l'imperméable élimé la jaugea de haut en bas :

Pas si vite, ici, c'est moi qui pose les questions, vous, qui êtes-vous tout d'abord et quels sont vos rapports avec cet énergumène ? « sûrement une de ses victimes, Marine Gobetout, la seule qu'on ait pas trouvée, à moins que ce ne soit une complice, méfie toi mon vieux, joue là fine»

 

Marine tombait des nues, ainsi, non seulement il savait qui elle était mais il la soupçonnait dans le même temps, sans réfléchir, elle se rua vers le bâtiment, d'où continuait de sortir bon nombre d'agents, les bras encombrés de dossiers et de bocaux. La stupeur ainsi que le dégoût se lisaient sur leurs visages et leurs esprits étaient en proie à mille pensées, ce qui n'était pas pour arranger les affaires de la jeune fille qui était dans l'incapacité de se servir de son tout nouveau don Se rendant compte que leurs visages étaient, de surcroît, livides, elle sentit soudain une brusque appréhension mais il était trop tard pour reculer. Quand elle entra, elle se figea sur place devant le spectacle qui s'offrait à ses yeux effarés.

 

Le hall, dans lequel elle avait attendu, s'était transformé en une véritable salle de torture, ni plus ni moins. Une chaise de dentiste, aux accoudoirs munis de larges bandes de cuir épais permettant de sangler les avant-bras, avait remplacé la chaise de bureau et l'ordinateur. A la place des affiches ventant les progrès de la science, de grands clichés, illustrant pour la plupart des cerveaux, pour d'autres des têtes humaines scalpées exhibant leur cervelle, ornaient le mur. Une table métallique sur roulette comportant scalpels, bistouris, une scie circulaire chirurgicale et tout un fatras d'outils inconnus de la jeune fille trônait à côté de l'affreux fauteuil. C'était une vision cauchemardesque, digne d'un film gore. Mais ce qui faillit faire défaillir Marine, ce furent de larges traînées rougeâtres qui finissaient en gouttelettes sur le mur, « du sang ! Mais qu'est-ce qui s'est passé ici ? ». «elle peut pas être complice, l'a l'air épouvanté, pauvre petite » Marine ne s'était pas rendue compte que le commissaire l'avait rejointe. Elle le regarda, dans l'expectative.

 

Voyant son air épouvanté, l'homme la serra maladroitement par l'épaule en lui enjoignant de se calmer et de tout lui raconter. Ce qu'elle fit sans se faire prier, aucun détail ne fut oublié, depuis la découverte de la petite annonce à son entrevue mais elle passa sous silence le changement qu'elle avait subi. Sa méfiance avait repris le dessus et plus que tout, elle n'avait pas envie de passer pour plus dingue qu'elle ne paraissait déjà. Néanmoins, elle était rassérénée, sous ses airs bourrus, elle avait lu l'empathie du bonhomme qui avait une fille de son âge, elle avait senti aussi son embarras, apparemment, il ne savait comment lui annoncer ce à qui ou à quoi elle avait échappé.

 

En entendant ses révélations, Bolomco hochait tantôt la tête d'un air entendu, tantôt écrivait quelques mots dans son vieux carnet qui ne le quittait jamais. Quand elle termina, il la regarda longuement :

Ma pauvre petite, je crains bien que vous ne vous soyez fait avoir par ce fou furieux de Xyolitique et vous l'avez échappé belle, croyez-moi, à mon avis, quand vous saurez tout, vous serez guérie des petites annonces à tout jamais. Vous allez devoir m'accompagner dans nos locaux afin de faire votre déposition et je vous expliquerai tout mais comme dit ma femme, on est toujours mieux disposé le ventre plein, alors, j'vais aller vous chercher un croissant auprès d'un agent mais suivez-moi, ne restez pas dans cet endroit maléfique, je pense que vous en avez assez vu pour vous faire une idée de ce qui vous attendait si nous n'étions pas intervenus.

 

Vingt minutes plus tard, installée dans un bureau des locaux de la Police Judiciaire, Marine répéta une fois de plus son histoire à un jeune officier tout frais arrivé qui tapait laborieusement ses propos sur son clavier à l'aide de deux doigts tout en pensant à une certaine Ariane qu'il allait rejoindre dès son service fini. « pourvu que Manon n'se doute de rien, l'a l'air bizarre ces derniers temps, j'demanderai à Kajok d'me couvrir si elle appelle, y'm'doit bien ça non mais »

 

Quand il l'interrompit pour la troisième fois en lui demandant de parler moins vite afin qu'il ait le temps de taper, Marine eut une furieuse envie de lui dire de se concentrer plutôt que de penser à sa future partie de jambes en l'air mais elle se contint et obtempéra dans un soupir résigné. Une heure plus tard, la déposition enfin tapée et signée, Marine suivit le jeune policier qui pensait toujours à sa nénette. Arrivés devant le bureau du commissaire, il frappa, ce dernier lui répondit de faire entrer la jeune fille et de disposer. C'est tout juste s'il ne partit pas en courant, laissant Marine entrer et prendre place face à Bolomco, qui, les mains jointes et l'air sérieux, lui dit alors qu'il allait tout lui expliquer dans les moindres détails.

 

Croisant les mains, comme pour donner plus de poids à ses mots, Bolomco lui raconta alors toute l'histoire.

 

Hans Xyolitique avait bien été chercheur au CNRS, et un des plus jeunes de surcroît, une sorte de croisement entre Einstein et Léonard de Vinci, son domaine de prédilection était la corrélation, dans le cerveau, entre inné et acquis. Il donnait des conférences dans tous les pays du globe, des cours à des scientifiques du même âge que lui, une véritable pointure, mais sa notoriété fut pareille à une étoile filante, fulgurante.

 

Au milieu des années 1970, en pleine période « New Age », comme bon nombre d'artistes et d'écrivains de la « beat generation », il fut persuadé que l'utilisation de drogues, principalement de LSD et de peyotls (cactées contenant de la mescaline et occasionnant des hallucinations visuelles) permettaient d'ouvrir des portes dans le cerveau refermées depuis la nuit des temps et, de ce fait, retrouver ce qui était inné en tout un chacun, passer les portes de la conscience pour parvenir à retrouver tous ses sens perdus. Il se mit alors à expérimenter sur sa personne ces produits afin de prouver sa théorie, à savoir que, bien avant l'Homme de Neandertal, existait l'Homo Sensitur, qui, dénué de langage verbal, communiquait avec les siens par télépathie. On en savait encore peu sur les dégâts considérables et souvent irrémédiables du LSD à court ou moyen terme sur le cerveau à cette époque. Aussi, très vite et au fil de ses prises qui s'intensifiaient, sans compter les amphétamines qu'il ingurgitait comme des bonbons afin de le tenir éveillé, son comportement changea, il devint complètement parano. De jovial, il se transforma en un être taciturne et tourmenté. Il fut convaincu, lors d'un trip sous LSD, avoir réussi à lire les pensées des personnes croisées dans la rue. Ce fut un véritable déclencheur ! Enfin sa théorie allait être étayée, ce sens, inné en tout être humain, avait été perdu lors de l'évolution de l'homme, pour lui, c'était une évidence. En trouvant le juste dosage des substances, il pouvait devenir télépathe, il en était certain. Dès lors, cela tourna à l'obsession, il s'adonna nuit et jour à ses recherches afin de prouver sa théorie et ressusciter l'Homo Sensitur. c'était devenu une véritable fixation dans son esprit rongé par l'excès de drogues, il ne pensait plus qu'à cela, les murs de son appartement étaient griffonnés d'équations et calculs divers, pas un pan n'avait été épargné. Il voulait mettre au point la pilule capable de rendre télépathe qui la goberait. Méconnaissable, des valises sous les yeux, il ne dormait plus, négligé, il se mit à parler tout seul, à s'interrompre en plein cours pour se mettre à fustiger untel qu'il prenait pour un espion travaillant pour l'U.R.S.S., soupçonnant ses collègues d'être à la solde de la CIA. Au sein du CNRS, les langues allaient bon train. Il était devenu la risée de tous.

 

Une enquête fut diligentée par les plus hautes instances. Les conclusions tombèrent rapidement, l’exclusion et la radiation de la communauté scientifique pour le professeur et ce, à vie. Durant deux ans, il fut enfermé en cellule capitonnée à l'hôpital psychiatrique Sainte-Anne à Paris où il reçut des électrochocs et de puissants neuroleptiques, en octobre 1986, déclaré adaptable à la société, il fut lâché dans la nature dans laquelle il s'évanouit purement et simplement.

 

C'est en 1991 qu'il réapparut en fanfare au Canada. Hans Xyolitique était devenu l'éminent et respectable professeur Jekyde, un personnage hors du commun qui s'était fait une place de roi au sein de la Jet-set, il était de tous les galas de bienfaisance, membre de clubs très fermés, c'était la personne à avoir absolument dans son carnet d'adresses. Grâce à de faux papiers, il put enseigner au sein de l'université de parapsychologie de Montréal. Ses étudiants lui vouaient un véritable culte, lui rendant même visite dans son petit chalet retiré dans les bois à quelques kilomètres de la ville. Bien sûr, on ne le sut que plus tard, quand le mal avait été fait.

 

En juillet 1993, la ville de Montréal connut une vague de terreur sans précédent, en l'espace de six mois, huit jeunes gens disparurent sans aucune raison apparente et ce, du jour au lendemain.Une véritable psychose s'empara des habitants. Les familles interdirent à leur progéniture de sortir la nuit tombée et un couvre-feu fut instauré. Les étudiants ne s'aventurèrent plus qu'accompagnés. Les patrouilles furent triplées et on dépêcha des profileurs du F.B.I sur les lieux. Malgré toutes ces mesures, en décembre de cette même année, dix jeunes de plus vinrent allonger la sinistre liste des disparus. La police était sur les dents, rien, pas le moindre indice pour les faire avancer. Le seul point commun entre les victimes était leur jeune âge et la ville de Montréal.

 

C'est par le plus grand des hasards que l'affaire du « bourreau des crânes » surnommée par les médias plus tard, connut son point final un beau matin d'août.

 

Tandis que Monsieur Luc Renson, un potier renommé de Montréal, se promenait en compagnie de son chien Eliot dans la forêt, à la périphérie de la ville, à l’affût de champignons, quelle ne fut pas sa surprise de le voir venir à lui, un tibia humain entre les dents. Monsieur Renson, interloqué, ne s'était pas même aperçu de la fuite de son chien, trop occupé par sa cueillette. Avec célérité et ne cédant pas à la panique, il appela le poste de police, par chance, il ne se déplaçait jamais sans son portable. Plusieurs unités cynophiles furent déployées et très vite, les hommes découvrirent avec stupéfaction la provenance des ossements. Tous émanaient du jardin du charmant docteur Jekyde. On dénombra plus de trente-cinq corps, certains à l'état de squelette et d'autres en décomposition plus ou moins avancée mais le plus sordide était l'état dans lequel furent retrouvées les boîtes crâniennes, toute la partie supérieure avait disparu, Xyolitique avait littéralement scalpé les crânes. Devant tous ces corps suppliciés, les policiers les plus chevronnés en furent littéralement malades. Le toubib, tellement sûr de son impunité, avait creusé très peu profond. On ne sut jamais comment Eliot avait trouvé ce tibia mais il fit la une des journaux et devint la coqueluche de la ville. Une statue à son effigie fut même érigée sur la grande place et Monsieur Renson vendit plus de 100 000 Eliot en terre cuite jusqu'en Chine. Sa renommée s'en trouva accrue, on s'arrachait ses poteries à prix d'or.

 

La ville, quand elle apprit la nouvelle, fut sous le choc. Qui aurait pu croire que cet excellent chercheur bien sous tous rapports avait un double visage, un homme affable et débonnaire capable de se transformer en bourreau sanguinaire ? Son visage s'étala sur tous les journaux du monde et c'est ainsi que son identité vola en éclats. La police française se mit en rapport avec ses homologues canadiens. Dès lors, se sachant démasqué, le bourreau des crânes se mit à parler. Sa confession dura toute la nuit et glaça le sang des inspecteurs. Il parlait d'un ton monocorde, sans empathie ni remords pour ses victimes qu'il considérait comme de vulgaires rats de laboratoire.

 

Jamais il n'avait abandonné ses recherches. Grâce à son charisme, il invitait des étudiants ou de jeunes gens oisifs rencontrés au hasard de ses promenades dans la ville, à venir lui rendre visite, sa renommée était telle qu'il n'avait pas à insister. Ceux-ci, trop contents d'avoir été choisis par un personnage aussi illustre, se sentaient flattés, d'autant plus que ce bon docteur les incitait à venir accompagnés. Bien sûr, ils ne devaient en parler à personne sous peine d'être bannis du cercle des élus. Et cela fonctionna, une fois le poisson ferré, Xyolitique offrait aux jeunes gens du thé glacé agrémenté d'un mélange de LSD et de méthamphétamines, lui-même en buvait, une fois la drogue absorbée, il tentait alors diverses expériences avec ses cobayes involontaires. On retrouva dans son chalet un véritable laboratoire, calé aussi en physique chimie, il fabriquait ses drogues, toujours à la poursuite du juste dosage capable de ressusciter l'Homo Sensitur. Tout comme Jeanne d'Arc, il était persuadé avoir une mission à accomplir. A l'entendre parler ainsi, cela paraissait incroyable qu'il ait pu sévir sans faire aucun faux pas car il était clair qu'il était complètement barré. Les électrochocs reçus avaient fini par lui griller les neurones, pourtant il avait floué et manipulé tous ceux qui le prenaient juste pour un savant original. Quand les policiers lui demandèrent pourquoi il n'avait pas tout simplement laissé repartir les jeunes, il répondit qu'il ne voulait pas que ceux-ci parlent de leur expérience, de plus, il avait besoin de leurs cerveaux pour les étudier. Effectivement, dans son chalet, on en retrouva quantité dans des bocaux, flottant dans le formol . On comprit dès lors pourquoi les crânes déterrés étaient démunis de leurs boîtes crâniennes.

 

Il fut condamné à la prison à perpétuité mais réussit à s'évader en

2016 en se cachant dans les bennes de linge sale qui faisaient les allers-retours de la prison à une grande blanchisserie industrielle une fois par semaine.

 

On retrouva sa trace, grâce à une alerte émise par Interpol, en 2017 à Besançon. Son ego était tellement démesuré qu'il s'était servi de son véritable nom pour passer une petite annonce afin de recruter des jeunes sous un faux prétexte. Seulement, le temps que le commissaire Bolomco et son équipe localisent son portable et mettent sur pied une opération pour l'arrêter, Xyolitique avait bien failli faire une victime de plus.

 

En effet, en pénétrant dans le bâtiment, les policiers virent un jeune homme inconscient garrotté à l'horrible chaise. Xyolitique, penché au-dessus de lui, scie chirurgicale en main, avait commencé à le scalper. Heureusement, les flics bondirent sur le doc maboul et le ceinturèrent. Thierry, c'était son nom, s'en sortit avec quinze points de suture et la peur de sa vie.

 

Marine fut horrifiée par cette histoire et le soir même, jeta les comprimés qui lui restaient. Elle se mit en rapport avec les autres victimes, leur demandant s'ils avaient eu des problèmes avec les cachets mais tous furent affirmatifs, absolument rien ne s'était passé. Elle sut qu'ils disaient vrai car elle l'avait lu dans leurs pensées.

 

Après cette rencontre, elle rentra chez elle et jeta les cachets qui lui restaient. Marine avait mûrement réfléchi et décidé que c'était la meilleure décision à prendre, de plus que se serait-il passé une fois la plaquette terminée ? C'était définitivement un trop gros poids à porter pour ses frêles épaules.

 

Quant au professeur Hans Xyolitique, aux dernières nouvelles, il hurle dans une cellule capitonnée qu'il a enfin trouvé le moyen de ressusciter l'Homo Sensitur.

 

FIN 


28/07/2017
0 Poster un commentaire

QUAND ESSAI CLINIQUE RIME AVEC GROS HIC 1ère partie

ATELIER ESSAI CLINIQUE.jpg

 

Affalée dans son vieux fauteuil élimé, les jambes repliées sur elle-même, Marine soupirait de contentement, elle n'avait pas connu un tel bien-être depuis longtemps. Tout en sirotant son thé, elle se remémorait les événements de la journée. Quelle chance elle avait eue de tomber sur cette petite annonce recherchant des étudiants en vue de participer à un essai clinique rémunéré. Il lui avait suffi de remplir un simple questionnaire sur ses antécédents médicaux puis à peine un quart d'heure plus tard, le professeur Hans Xyolitique, le chargé de l'étude, comme il s'était présenté, l'avait reçue en personne dans son cabinet. Tout en gesticulant, il lui avait alors révélé que c'était une chance inespérée qui s'offrait à elle, grâce à sa contribution, elle allait révolutionner l'univers de la recherche et contribuer à sauver nombre de malades souffrant d'Alzheimer. Il lui suffirait de prendre, le matin, durant sept jours, un comprimé puis de revenir ensuite effectuer une prise de sang et divers examens de routine. Un contrat avait été signé entre les deux parties, en bas, figurait une clause de confidentialité, quelque peu surprise, elle avait demandé au professeur des éclaircissements. Il lui avait alors avoué, presque en chuchotant, comme si les murs avaient des oreilles, que, la concurrence étant rude, cette dernière étape devait rester secrète, car les grands lobbyistes avaient des agents infiltrés partout, recrutés parmi des personnes lambda, comme les étudiants par exemple, d'où l'absolue nécessité de n'en rien dire, surtout pas à ses amies avait-il conclu en lui jetant un regard menaçant.

 

Ensuite, il avait tourné dans la pièce tout en invectivant le gouvernement, les laboratoires et les services secrets tout à la fois. Marine avait songé qu'il était le cliché parfait du professeur voué corps et âme à la science un rien givré, un original parano mais après tout, elle s'en fichait, ce qui l'intéressait, c'était l'argent. Et il était noté noir sur blanc qu'à l'issue des sept jours, elle se verrait octroyer la coquette somme de 10 000 euros, en liquide, de surcroît. De quoi payer ses deux mois de loyer de retard et faire la fête avec ses amis. Ses amis, en y pensant, elle regrettait de ne pouvoir leur faire partager sa joie. La semaine passerait vite, songea-t-elle et il serait temps de fêter cela dignement.

 

Néanmoins, elle ne pouvait se défaire d'un certain malaise, était-ce dû à ce comportement pour le moins bizarre du bonhomme et à son regard bleu glacial qui avait semblé la pénétrer lors de leur entrevue ou à cet endroit étrange, isolé et à la périphérie de la ville, qui semblait être un bâtiment métallique à l'architecture typiquement industrielle aménagé en toute hâte pour les besoins des recherches du prof. Sa parano le rendait méfiant et il avait dû préférer s'installer à l'écart de regards trop curieux, avait fini par conclure Marine plus pour se rassurer que par réelle conviction.

 

Cette nuit là, elle rêva qu'elle était poursuivie par un immense cachet rose qui roulait droit sur elle, elle courait mais celui-ci la rattrapait, elle le sentait juste derrière elle, tel un rouleau compresseur, broyant tout sur son passage, tournant la tête, elle comprit qu'il allait l'écraser.

 

C'est au moment précis où elle finissait aplatie comme une crêpe qu'elle se dressa dans son lit en hurlant. Son cœur battait la chamade et elle était en sueur, jetant un coup d'oeil à son portable, voyant qu'il était 5 h, elle décida qu'il était trop tard pour se rendormir. Après avoir pris une douche qui la ragaillardit un peu, elle avala son café noir et prit le fameux cachet rose avec son jus d'orange.

 

Les deux jours qui suivirent furent pareils aux autres pour Marine, rien ne vint perturber sa petite vie tranquille, elle n'avait eu aucun effet secondaire suite à la prise des comprimés. Au contraire, elle se sentait en pleine forme. Elle se rendit à ses cours, retrouva ses amis dans un café le soir pour bavarder et décompresser comme à l'ordinaire. Tout se déroula pour le mieux dans le meilleur des mondes, hélas, ce n'était que le calme avant la tempête.

 

En se levant ce jeudi matin, le troisième jour, si elle avait su ce qui l'attendait, elle serait restée au fond de sa couette. C'est dans le bus que la situation commença à déraper. Alors qu'elle s'assoyait à côté d'une grosse femme à la mine fermée et aux yeux cernés par des heures de travail, Marine lui fit un sourire que l'autre ne lui rendit pas. Regardant alors par la vitre le paysage défiler, elle l'entendit distinctement dire« pff, ces p'tites salopes avec leur air de bénis oui-oui, toutes les mêmes! »

 

Sidérée, Marine n'en croyait pas ses oreilles, elle se retourna vers sa voisine , se leva et l'invectiva :

Non mais, j'vous permets pas de m'insulter de la sorte, vielle sorcière !

 

Tous les passagers se tournèrent et la regardèrent alors avec stupéfaction tandis que la grosse dame ouvrait des yeux ronds comme des soucoupes, elle se recula au fond de son siège, terrorisée face à cette harpie qui se tenait droite devant elle

Mais mademoiselle, j'ai rien dit, j'ai pas ouvert la bouche, calmez-vous, qu'est-ce qui vous arrive ? bredouilla-t-elle tout en tournant la tête pour chercher l'approbation des personnes présentes.

 

Plusieurs passagers acquiescèrent. Marine, voyant la manière dont ils la dévisageaient tous, comprit qu'ils la prenaient pour une dingue et sentit le sang se retirer de son visage. Elle avait dû faire une micro-sieste sans s'en rendre compte, c'était l'explication la plus logique. Elle se confondit en excuses mais la vieille ne voulut rien savoir et se leva pour partir s'asseoir au fond du bus, non sans maugréer. Marine finit le trajet le nez dans un bouquin pour éviter le regard curieux des voyageurs.

 

Le deuxième incident se produisit durant le cours de lettres. Elle était, comme à son habitude, assise à côté de Jeanne, son amie, qui tapotait sur son portable frénétiquement, comme à son habitude. Elle entendit alors distinctement sans que Jeanne ouvre la bouche « toi, ce soir, mon coco, j'vais t'envoyer au septième ciel, j'mettrai mon string rouge, tiens, ça l'excite toujours »

 

Cette fois, le doute n'était plus permis, elle lisait dans les pensées, une vraie histoire de fou ! Elle fut prise d'un fou rire nerveux, trop assommée par cette révélation. Elle songea que le pire, c'est qu'elle ne pouvait en toucher mot à personne. Après tout, si le professeur Xyolitique avait raison et que des mercenaires à la solde des lobbyistes se trouvaient sur le campus ?

 

Paniquée, elle s'empara de son sac à dos et prit la fuite presque en courant , sous le regard médusé de Jeanne et de ses congénères.

 

Marine trouva refuge dans les toilettes du campus. Elle se tint la tête comme pour retenir le flot de pensées qui l’assaillaient. Tout d'abord, il lui fallait retrouver son calme. Assise sur la lunette des WC, elle resta immobile durant un moment puis visualisa une prairie verdoyante et tenta de respirer par l'abdomen comme on lui avait appris aux cours de yoga dont elle était une fervente adepte. Cela fut difficile mais, finalement, son rythme cardiaque s'apaisa. Elle était devenue télépathe ! C'était une évidence !Un vrai don, pouvoir lire dans les pensées, connaître les secrets les plus intimes de ses proches, qui n'en aurait pas rêvé ? Puis, après l’euphorie et l'enthousiasme, vint la terreur. Si cela se savait, on voudrait l'étudier comme un rat de laboratoire, plus jamais elle ne pourrait vivre en paix, qui sait si des militaires n'allaient pas l'enlever manu militari et la soumettre à des tests, lui brancher des électrodes sur le cerveau, la garder captive des années durant dans un lieu tenu secret par le gouvernement. Elle oscillait entre joie et terreur. Incapable d'assister au moindre cours, en proie à mille interrogations, Marine rentra retrouver son petit cocon.

 

Elle parcourut à pied les deux kilomètres qui la séparaient de son nid douillet, arrivée chez elle, elle mit la bouilloire en route et se prépara un thé puis s'installa afin de réfléchir à ce qu'elle allait entreprendre. Tout en marchant, elle avait décidé de n'en rien dire à personne, même pas à Jeanne, sa plus fidèle amie, la jeune femme avait bien trop peur qu'elle soit en danger par sa faute. Les yeux dans le vague, son regard tomba alors sur la boîte de comprimés. Elle était certaine que son nouveau pouvoir était dû à l’absorption de ces cachets, cette pensée l'avait taraudée toute la journée. Néanmoins, plus elle y réfléchissait, moins elle avait envie de parler de son changement au professeur, après tout, sa première impression était peut-être la bonne.

 

Pourquoi ce lieu, ce payement en espèces, c'était louche maintenant qu'elle y songeait. Était il réellement un chercheur ? Et s'il travaillait main dans la main avec la C.I.A. ou un puissant organisme privé ? Puis elle se souvint alors d'un détail qui aurait dû lui mettre la puce à l'oreille si elle n'avait pas été aussi obnubilée par l'appât du gain. Si il s'agissait réellement d'un médicament devant lutter contre la maladie d'Alzheimer, pourquoi recruter des étudiants plutôt que des personnes âgées, c'était complètement illogique ? Plus elle cogitait, plus elle était persuadée de s'être fait avoir dans les grandes largeurs.

 

Et si le but de ce médicament était justement de devenir télépathe ? Quelle révolution ce serait alors, les soldats pourraient lire dans les pensées des djihadistes, sans oublier tous les fichés S, qu'il serait facile de mettre hors d'état de nuire, ce serait la victoire assurée contre l’extrémisme, mais dans le même temps, le contraire était vrai aussi, c'était une arme redoutable contre l'intimité de tout un chacun pour peu qu'elle tombe entre de mauvaises mains, une arme de destruction massive qui bafouerait les droits les plus élémentaires de l'homme, sa liberté de penser en premier. Si des gouvernants mal intentionnés,des dictateurs, voire même des policiers, des chefs d'entreprise pouvaient lire dans les pensées de chaque personne pour peu qu'il ne soit pas de la bonne couleur de peau ou du bon parti, ce serait vite l'enfer ! Déjà que c'était loin d'être la joie, l'issue certaine serait la guerre et l'extinction de la race humaine, Marine ne voyait pas d'autre alternative à moyen ou même court terme. Les enjeux politiques, économiques, sociaux et éthiques et les implications étaient si terrifiantes que cela dépassait sa petite personne. Cette recherche était tout sauf humaniste, Marine le sentait au fond de ses tripes, comme bien souvent, elle serait réservée à une élite friquée bien entendu. Après tout, c'était bien le pognon et le pouvoir qui faisaient tourner le monde. Plus elle y pensait, plus elle se rendait compte que ce don était en fait une véritable malédiction qu'il lui fallait à tout prix cacher si elle tenait à sa peau.

 

Elle s'interrogea longuement aussi, y avait-il eu d'autres pigeons étant dans le même état qu'elle, comment le savoir ? Trop de questions sans réponse se mélangeaient, la laissant aux affres de l'angoisse .Elle aurait aimé retourner trois jours en arrière. Mais dans quel guêpier s'était-elle fourrée ? Comment allait-elle pouvoir vivre une existence normale maintenant ?

 

La jeune fille convint de ne rien changer à ses habitudes afin de ne pas éveiller les soupçons. Nul doute que sa sortie fracassante du cours avait déjà fait le tour de ses amis. Avant d'aller les rejoindre dans leur café préféré, elle se promit d'aller dès lendemain matin voir le professeur pour éclaircir la situation en lisant dans ses pensées sans rien lui révéler pour autant de son pouvoir. Elle prétexterait un effet secondaire et improviserait sur place, selon ce qu'elle découvrirait. Elle décida de prendre son comprimé, elle aurait le temps d'aviser après sa confrontation qu'elle espérait fructueuse.

 

Quant elle arriva, le bar était bondé et Marine dut jouer des coudes pour retrouver ses camarades, qui, l'ayant vue entrer, lui faisaient de grands signes tout en riant.

 

Jeanne était accompagnée de son nouvel amant, Paul, les autres étaient tous là, Luc, que Marine considérait un peu comme son frère, Guy, le boute-en-train et Viviane, jeune fille timide mais très attachante dès qu'on rompait sa carapace. Cela faisait trois ans qu'ils se connaissaient et on les nommait « les Mousquetaires ». Si Jeanne et Luc venaient d'un milieu aisé, Guy et Viviane, tout comme Marine, étaient boursiers. La joyeuse bande vivait en Franche-Comté et se retrouvait souvent durant les vacances pour partir en virée.

 

A peine s'était-elle assise que le phénomène recommença, cela fusa de toute la tablée. « putain, quelle galère, où il est ce con ? » « y commence à m'gonfler lui à me coller comme ça ! » « et si je demandais à Marine ? » « l'a pas l'air fameux son shit ».Les pensées de ses amis se télescopaient dans sa tête et formaient un brouhaha très pénible pour Marine qui restait assise, raide comme la justice, silencieuse, contrairement à son attitude exubérante. Ses compagnons, voyant son trouble , la questionnèrent sur son état mais elle prétexta une migraine pour se préparer à écourter la soirée. Pour son plus grand désarroi, en se rendant aux toilettes, elle constata que le phénomène empirait, cette fois, il lui suffisait de croiser une personne pour lire dans ses pensées. Elle en fit l'expérience en dépassant un couple enlacé qui se dirigeait vers la sortie. Tout en souriant amoureusement à son épouse, elle entendit alors son mari « Vite au dodo avec un bon somnifère pilé dans ton whisky ma vieille carne, j'en peux plus de tes délires sado-maso » Marine sourit en songeant que les apparences étaient trompeuses, qui aurait pu croire, en voyant cette femme austèrement vêtue d'une grande jupe informe grise et d'un corsage au col Claudine sagement boutonné jusque sous le cou,que c'était une adepte du bondage !

 

Très vite, la soirée se transforma en véritable cauchemar, Marine comprit alors les schizophrènes, elle-même n'allait pas tarder à devenir complètement dingue au train où la situation évoluait. Sa tête était devenue le siège d'un véritable concerto de voix qui se chevauchaient, s'entremêlaient pour former un tohu-bohu confus d'où sortaient parfois quelques bribes difficilement audibles. Aux alentours de minuit, son cerveau était capable d'entendre, sans rien comprendre l'ensemble de tous les consommateurs, un véritable orchestre de voix s'était installé dans sa caboche. C'en était trop, Marine se leva et après avoir dit bonsoir à ses amis, partit à pied en empruntant les vieilles ruelles du centre-ville afin de ne rencontrer personne. Heureusement, elle était malgré tout parvenue à donner le change à sa bande qui, toute la soirée, avait questionné et taquiné le nouvel amant de la gourmande Jeanne.

 

Quand elle se coucha, elle était effarée. Toute la nuit, elle se tourna et se retourna dans son lit sans trouver le sommeil, en proie à mille interrogations. Elle ne cessait de songer aux conséquences désastreuses si un tel cachet était commercialisé. Lui revint en mémoire une émission télévisée dans laquelle certains journalistes affirmaient que la CIA s'était servi de jeunes soldats pour expérimenter des cachets à base de LSD et d'amphétamines dans le but de décupler leur conscience, réduire leur fatigue et accroître leur résistance au combat et affirmaient même que ces tests continuaient dans le plus grand des secrets. Ces rumeurs avaient été démenties mais au vu de sa situation, elle songea que celles-ci n'étaient certainement pas de l'intox et puis elle savait bien que la presse était muselée au profit du fameux secret/défense !. De plus, elle se demandait si elle devait continuer de prendre ses foutus comprimés, le soit-disant prof avait bien insisté sur le fait qu'interrompre le traitement pourrait entraîner des effets secondaires très handicapants. Quand elle avait voulu en savoir plus, il avait planté ses yeux hallucinés dans les siens en lui disant que de toute façon, cela n'arriverait pas. Tétanisée, elle n'avait rien trouvé à lui rétorquer.

 

Le matin, elle avait repris un peu d'espoir, d'ici peu, elle allait enfin savoir ce que ce satané prof manigançait réellement.

 

A  suivre

 

 


28/07/2017
0 Poster un commentaire

VOLEUR D’ÂMES suite et fin

CIEL TROU SERRURE.jpg

 

Grâce à Luc et à son enseignement, je savais maintenant combien mon existence était une vaste farce dont j'avais été le dindon durant bien trop longtemps. Restait néanmoins le plus important à accomplir, à savoir, faire quelque chose de ce qu'on avait fait de moi, pour reprendre les propres mots de Sartre.Je me rendais compte que c'était bien plus facile à dire qu'à réaliser et que ce n'était pas une mince affaire. Comment allais-je m'y prendre pour me « désencager » de tous ces carcans dans lesquels j'étais recluse depuis tant d'années ? J'en passai des nuits blanches tentant de chercher la solution les yeux rivés au plafond, retournant la situation dans tous les sens, comment faire ? Comment être ? Telle était la question ! Car, de la théorie à la pratique, il y avait sans nul doute au moins un million de hics !. Je fis part de mes inquiétudes à Luc un mercredi, alors que nous flânions sur les hauteurs de Belleville. Malgré le soleil, il avait gardé son bonnet péruvien, d'où sortait sa longue natte grise parfaitement tressée, il portait son éternel sac à dos sur son épaule et son allure ne laissait personne indifférent, même dans cette métropole où tous les looks se côtoient. Je pouvais deviner, aux regards en biais que les personnes nous lançaient, leur curiosité malsaine face à notre drôle de couple. Quand je lui en fis la remarque, cela le fit sourire et il me taquina en me lançant que si je me préoccupais encore du regard des autres, c'est que le chemin à parcourir serait long pour aller à ma rencontre. Quand il me parlait, je redevenais une petite fille, mes yeux brillaient, j'avais soif de savoir, la brèche dans mon âme ne demandait qu'à accueillir la lumière et une sève nouvelle.

 

C'est lorsqu'il me parla de sa vie au quotidien durant six ans au sein d'une tribu, dont le chef était un descendant du grand Seattle, célèbre pour le discours qu'il aurait prononcé en 1854 en réponse au président, lui proposant de laisser ses terres aux blancs en échange d'une réserve, que ma vision changea totalement. Déformé et enjolivé au cours des années, comme le sont bien souvent les ouvrages sacrés tels que le coran ou la bible, ce récit n'en demeurait pas moins puissant et juste. Il m'ébranla fortement. En effet, comment troquer la terre, l'air, le ciel, de quel droit vendre ce qui ne nous appartient pas ? Luc m'expliqua alors l'animisme, cette croyance amérindienne, adaptée selon les besoins géographiques des tribus, si certaines honoraient le ciel, dans le sud, c'était la déesse Maïs qui était célébrée, mais, dans son universalité, tous admettaient le caractère sacré de chaque chose, animée ou non, nommée « Wakan Tanka » que l'on pourrait traduire par « Grand Esprit » ou « Grand Mystère » selon les régions. Ils reconnaissaient aussi la connexion entre tous les éléments dans l'univers, nous-mêmes faisant partie de ce grand tout, pour eux, toutes les choses étaient liées comme par le sang unissant une même famille, la nature faisant partie intégrante de nous. Selon eux, et j'aimais cette image, l'homme ne tisse pas la toile de sa vie, il n'est qu'un fil du tissu et ce qu'il fait à la toile, il le fait à lui-même De même, le monde serait formé de vibrations lumineuses et sonores, ce qui fut par ailleurs prouvé bien des années plus tard par la science, l'univers entier serait une concentration de cercles, la ligne droite n'existant pas dans la nature, d'où la disposition des villages, ainsi que des tipis, j'étais envoûtée et scotchée tout à la fois par ces révélations . Dès lors, je m'immergeai totalement dans cette culture altruiste, on était loin de l'image des peaux-rouges sanguinaires véhiculée par les westerns américains des années 50! J'étais admirative devant ce peuple qui vivait en parfaite harmonie avec notre terre mère nourricière, je me souvins qu'âme en latin se traduisait par « anima »ceci expliquant cela. Je dévorais les livres que me conseillait Luc sur le sujet. Il m'apprenait beaucoup aussi car il était un grand érudit. Lors de ses pérégrinations, il avait rencontré et discuté avec le professeur amérindien John Mohawk, inventeur le la célèbre théorie Gaïa, pionnier de la défense de l'environnement. Controversé par ses pairs, il était persuadé que la terre est un organisme vivant qui se régule lui-même, convaincu que notre planète est forte et peut prendre soin d'elle-même, avertissant dans ses ouvrages l'humanité future, qui, à ses yeux, n'est qu'une espèce résidente qui pourrait devenir fragile. Je songeai que c'était un grand visionnaire, tout comme ces ancêtres, précurseurs de l'écologie. Luc me confia combien débattre avec cet homme avait contribué à changer son mode de vie, lui-même croyait en cette théorie, comme beaucoup, je m'en aperçus plus tard. J'étais moi aussi emballée, comment ne pas y croire au vu de tous ces dérèglements climatiques, n'était-ce point la terre qui tirait la sonnette d'alarme ? Je me souvins alors de l'étoile filante qui avait déchiré le ciel lors de notre première rencontre, maintenant, j'étais persuadée que c'était une signe du cosmos. Ma façon de penser était en train d'amorcer un virage à 360. Bien sûr, comme la plupart des gens, je triais mes déchets, me désolais des tsunamis, inondations et autres mais je passais à autre chose et n'y songeais plus, trop accaparée par ma vie trépidante qui se révélait en fait d'une vacuité désolante. Je me rendais compte combien j'avais pu être superficielle, je m'en voulais de cette attitude inconsciente mais Luc, résilient se faisait rassurant, me disant que je devais m'accepter avec mes imperfections si je voulais aller au devant de cet autre moi qui m'attendait. Je me souviens qu'à partir de ce jour-là, je n'eus plus d'appréhension ni de questionnements. Morphée, de nouveau, me tendait les bras la nuit venue. J'avais trouvé ma porte de sortie, Luc m'avait donné les outils, ne me restait plus qu'à m'en servir et bâtir pierre après pierre mon nouveau moi. Je commençai par troquer escarpins et tailleurs contre des jeans et des baskets confortables, sur les conseils de Luc, je me rendais souvent en forêt. J'y allais seule, attentive au moindre bruissement de feuille, au vent dans les branches, au soleil traversant la futaie, souvent, j'enlaçais un arbre et je me sentais ragaillardie, pleine d'énergie. Lors de ces balades, je me prenais à philosopher. L'arrivée du progrès, de la mécanisation, nous avait détournés de la nature, pire, par lui, le poumon de la terre était au plus mal, complètement intoxiqué par la fatuité de l'homme, qui se prenait pour un démiurge alors qu'il n'était que brin de poussière. Chaque jour, des espèces animales ou végétales disparaissaient, de même que des tribus aborigènes. Nous avions voulu conquérir ce que nous aurions du vénérer et protéger et nous en payions le prix fort. Nous étions en train de nous auto-détruire allègrement. La terre réclamait son dû, l'heure était à la créance. De cela, j'étais sûre.

 

Dans mon entourage, on se questionna. Ma famille, mes amis s'étaient aperçus de mon changement, je délaissais les sorties du jeudi soir, je ne prenais plus de plaisir à me trémousser dans une boîte, collés les uns aux autres, la musique commerciale m'insupportait pourtant quand ils me demandaient ce qu'il m'arrivait, je ne disais rien, je ne me sentais pas encore prête, ma mue n'était pas terminée. Bien évidemment, ce bon vieux Hans Xyolitique n'était pas en reste. Il avait décrété que tout ce chamboulement était du à mon changement de cap. Je ne voulais surtout pas le dissuader. Me trouvant nerveuse (évidemment, je faisais tout pour lui taire mes découvertes), il me prescrit une cure de benzodiazépine, cela régulerait ma dopamine à ses dires. J'allai les chercher et les jetai ensuite directement à la poubelle. Je me souvenais de cette phrase de Susan Sontag affirmant que la santé mentale est un confortable mensonge. Cette phrase prenait désormais tout son sens à mes yeux.

 

Trois mois après notre première rencontre, j'avais pris ma décision et je sus enfin comment j'allais vivre pour être moi, mon moi que je m'étais forgé grâce à l'aide providentielle de Luc. Un soir que toute la famille était réunie pour le souper, je leur annonçai tout de go que j'avais pris un congé sabbatique d'une année afin de me ressourcer et d'aller à la rencontre des tribus animistes. A cette annonce, une chape de plomb s’abattit sur les miens. Les couverts restèrent suspendus en l'air, tous semblaient figés, les yeux ronds braqués sur moi, comme changés en statues de sel. Après un instant de flottement, s'ensuivit alors une cacophonie de tous les diables, chacun voulant me faire entendre raison. Je devais redescendre sur terre, dans la vraie vie à leurs dires, qu'est-ce qui me passait par la tête, qui avait pu m'y mettre de telles inepties ! Bref, si je leur avais annoncé que je quittais la maison pour m'enfuir à Doubaï avec un riche émir du pétrole , l'indignation n'aurait pas été pire !. J'étais têtue aussi, je me mis debout et leur demandai de m'écouter calmement. Ce qu'ils firent à contre-coeur mais ils connaissaient mon caractère et savaient qu'ils n'y couperaient pas. Je leur expliquai alors tout, depuis ma première rencontre avec Luc, nos entrevues hebdomadaires, le cheminement qui avait été le mien. Si au début, tous furent d'abord incrédules puis réticents à cette idée, surtout mon compagnon, ils comprirent vite que j'étais inflexible J'avais pris ma décision et rien ne me ferait revenir en arrière. Pierre finit par être d'accord mais il voulait rencontrer Luc et avait du mal à avaler le fait que je ne lui aie rien dit durant des mois.

 

Les dés étaient jetés. Je partis le mois suivant. Luc avait rencontré Pierre et ceux-ci s'étaient trouvés de nombreux points communs, tous deux étaient férus d'astronomie et le courant passa aussitôt entre eux. Plus tard, Luc finit par se confier et m'avoua avoir perdu sa compagne, une amérindienne, qui était décédée d'une leucémie il y avait de cela cinq ans. C'était le grand amour de sa vie et jamais il ne s'en remit vraiment. Il avait choisi de vivre dans la rue afin de s'émanciper de ses chaînes. Régulièrement, il retournait dans la tribu de son épouse, où son père et ses frères vivaient encore. Et vous savez le meilleur, j'ai rallié à ma cause mes amies et toute ma famille. Je suis fière d'être qui je suis et souvent je me répète cette petite phrase comme un mantra « tu nais toi quand tu nettoies ce qui n'est toi *» Dans deux mois, nous repartons, cette fois-ci avec Pierre et Luc qui nous a fait l'immense honneur de nous faire rencontrer sa belle-famille. Au final, j'suis vraiment contente d'avoir fait la nique à la société. Je me suis trouvée et je vais faire tout pour me sauvegarder, soyez-en sûrs !

 

FIN

 

* Auteur anonyme

 

N.B : La théorie Gaïa existe bel et bien, tout comme le professeur qui l'a découverte, pour de plus amples informations, il vous suffit de taper le nom dans votre moteur de recherches.

Quant au fameux discours du chef Seattle, comme beaucoup d'ouvrages religieux, au fil des ans, celui-ci a été controversé car enjolivé par des poètes et un journaliste qui l'aurait modifié au début des années 1970 en repentance. En effet, le chef Seattle parle du chemin de fer, or à cette époque, il n'était pas implanté dans la région, pas plus que les bisons également évoqués. Quoiqu'il en soit, il a vraiment prononcé un discours mais bien moins poétique que celui que l'on trouve désormais sur divers supports tels que le site « Radio Réveil » ou autres.


18/02/2017
0 Poster un commentaire

VOLEUR D’ÂMES 1ère partie

 

CIEL TROU SERRURE.jpg

Ils m'ont enfermée et pris mon âme. Au début, j'ai été bouleversée et en colère tout à la fois ! Pas facile de reconnaître qu'on s'est fait avoir durant tant d'années. Bon,j'admets être foncièrement naïve mais là, non seulement la coupe était pleine mais elle débordait complètement ! Avant tout ce chamboulement, j'étais peinarde dans ma petite vie, j'avais tout pour être heureuse, un bon job, correctrice dans une des maisons d'édition les plus prestigieuses de Paname, un compagnon, chef-comptable, avec lequel j'avais eu deux garçons, des jumeaux, âgés de vingt ans, Sylvère et Valère, tous deux en troisième année de lettres modernes. Nous étions propriétaire d'une maison de maître de 500 m2 en proche banlieue, au design créé sur mesure par un grand architecte. Je changeais de voiture aussi souvent que j'en avais envie, nous faisions toujours en sorte d'acheter le tout dernier écran plasma en vogue et possédions une petite résidence secondaire dans le sud-ouest, vers Carcassonne, bref tout, j'avais tout ce qu'une femme peut désirer. Malgré mes quarante balais, je prenais grand soin de moi, séances d'U.V, fitness, peeling, j'étais encore bien foutue, bon, d'accord, les deux prothèses mammaires rehaussant ma poitrine et l'augmentant de deux tailles n'y étaient pas pour rien, mais même sans cela, je plaisais aux hommes, je le savais aux regards concupiscents qu'ils me lançaient au hasard d'une rencontre, mais j'étais fidèle, mon compagnon m'aimait et la réciproque était vraie, l'hiver, nous allions en famille au ski, bref le bonheur, quoi. Le jeudi soir était consacré à mes copines, notre rituel était immuable, sortir en boîte, se déchaîner sur la piste de danse, siroter des cocktails et fumer des pétards pour évacuer le stress de notre vie de femme surbookée. Je menais une existence incroyablement trépidante, c'est tout du moins ce que je croyais. J'étais comblée, sauf que, curieusement, je me suis aperçue insidieusement qu'il y avait quelque chose qui n'allait plus. Comment définir cette sensation ? Un peu comme lorsqu'on cherche un mot qu'on a sur le bout de la langue, mais qui ne veut pas sortir, c'était juste là, à l'orée de ma conscience. Peut-être était-ce de passer le cap de la quarantaine qui me chagrinait ? Je prenais moins de plaisir en allumant l'ordi le matin, moi qui ne m'ennuyais jamais, j'avais sans cesse les yeux rivés sur la pendule, attendant ma pause-café avec cette impression que le temps était figé. Je commençai à souffrir d'insomnies, rien de grave, le surmenage, selon le professeur Hans Xyolitique, chez lequel j'étais en analyse depuis cinq ans, recommandé par ma meilleure amie, qui, à l'entendre, soignait tous les bobos de l'âme du gratin parisien, au prix de ses séances, 500 euros la demi-heure, c'était le moins qu'il puisse faire. Il me prescrit des somnifères qui ne me firent absolument aucun effet tout en me mettant en garde contre le burn-out, « il faut vous ménager, vous octroyer du temps sinon vous risquer de décompenser Eponine! » Tu parles, Charles ! Tout cela n'était que boniments. Durant ces nuits blanches, je passais des heures à gamberger, moi qui ne m'étais jamais trouvée face à face avec moi-même, je peux vous dire que j'ai trouvé ça plutôt bizarre au début, même angoissant Cela aurait peut-être duré encore longtemps si on m'avait tu la vérité, mais je savais désormais. Ce n'était pas un problème d'hormones ou de cap !Je refusais d'être le dindon de la farce plus longtemps. J'allais réagir.

 

Ils m'ont enfermée et pris mon âme. La première fois, j'avais à peine quatre ans, on m'a arrachée à la douceur du foyer familial, cela a duré trois longues années. J'étais dans une boîte avec d'autres enfants, c'était l'apprentissage. A ce stade là, je ne le savais pas encore mais j'étais fichue, ils m'avaient mis le grappin dessus. La seconde période fut plus longue et se déroula sur un plus long cycle, j'étais dans une plus grande tôle. Puis il y eut un troisième épisode, cette fois la boîte ressemblait à une ruche, nous étions tous identiques, des ados boutonneux croyant que le monde nous appartenait. Bien évidemment ça ne s'arrêta pas là. Une nuit, je réalisai par un rapide calcul mental que j'avais passé plus de vingt ans, de mon enfance à ma vie de femme, enfermée dans des boîtes pour finir par, à mon tour, par perpétuer le cycle. J'étais horrifiée mais n'en dis rien à personne. Qui, dans ma famille ou mes amies, m'auraient comprise ?

 

Bien évidemment, quand j'ai su que je m'étais fait berner toutes ces années, je décidai de ne pas parler au professeur Xyolitique de ma découverte, il m'aurait fait enfermer illico presto et d'office à l'H.P, ou plutôt dans sa clinique huppée destinée aux riches dépressifs ou addict en tous genres, sexe, drogue, jeu, travail... . Le pire, durant ces longues nuits, après que j'aie su la vérité, j'en suis venue à me dégoûter, comment avais-je pu être aussi longtemps aveugle ? Comment avais-je pu vivre ainsi dans le mensonge ? Surtout, j'insiste, n'allez pas vous imaginer que tout ce remue-ménage neuronal m'a prise d'un seul coup, comme Newton qui, soit-disant, en voyant tomber une pomme, découvrit dans un éclair de génie les lois de la gravité ou Archimède criant Eurêka dans son bain. Parce que, comme dirait ce bon vieux professeur Hans, il y a eu d'abord un élément déclencheur, une concomitance qui tombait à pic, mais en était-ce vraiment une, tout n'était-il pas relié en fait ? Maintenant je sais, que, bien sûr, c'était écrit, Mektoub* comme disent les musulmans et tout comme Paul Eluard, j'ai compris qu'il n'y a pas de hasard, seulement des rendez-vous. .

 

Mon rendez-vous, tout à fait inopiné en l’occurrence, a eu lieu un jeudi, lors d'une de nos virées. Ce soir-là, nous avions picolé et fumé plus que d'habitude, mon amie Vivi s'était vue octroyer une promotion et était décidée à nous faire profiter de sa joie. Vers les minuit, commençant à avoir trop chaud, je décidai de prendre l'air afin de m'éclaircir les idées. Adossée contre le mur, le monde tournoyait autour de moi, les ombres des bâtiments mitoyens, sous l'éclairage blafard, semblaient menaçantes dans cette ruelle pavée, avisant un tas de cartons posés sur le sol, je m'assis dessus afin de reprendre mes esprits, c'est alors que j'entendis un juron :

— Aïe, z'êtes pas bien, poussez votre cul de là, c'est ma place !

Je sursautai en hurlant, en voyant tout à coup, surgir de dessous les cartons, un homme, un bonnet péruvien de travers vissé sur la tête, ses yeux d'un bleu limpide me lançant des éclairs et me toisant de bas en haut :

— Tous pareils, vous les bourgeois, aucun respect, merde alors, j'rêvais qu'j'étais là-bas !!

 

Quelque chose dans son allure me décontenançait. Il n'avait rien du SDF tel que je me le représentais. Parfaitement rasé, son haleine ne sentait pas la vinasse comme je m'y attendais, au contraire, malgré son jean usé jusqu'à la corde, il se dégageait de son air tout entier un certain charisme, quelque chose d'indéfinissable, peut-être était-ce dû au port altier de son allure, qui lui conférait une certaine noblesse ou à sa grande taille, il me dépassait de presque deux têtes et je mesurais 1,70 mètre. Il semblait âgé d'une soixantaine d'années, curieusement, il ne portait pas les stigmates de la rudesse de l'existence des exclus, on aurait aisément pu le prendre pour un bobo soixante-huitard, avec sa longue natte grise dépassant de son bonnet. Sous le masque de la colère, il semblait amusé, ses yeux pétillaient de malice contenue. Confuse, je m'excusai et farfouillai dans mon sac à la recherche de mon porte-monnaie afin de lui donner une pièce pour le préjudice causé. Je le vis blêmir tandis qu'un flot de paroles jaillissait de sa bouche :

—Eh là, mais vous me prenez pour qui, j'en veux pas d'votre argent, vous m'avez vu vous faire l'aumône !! J'ai tout ce dont j'ai besoin. J'vous ai rien demandé moi ! Vous croyez peut-être que la rue vous appartient aussi ! Vous vous croyez libres parce que vous avez du fric, pauvre folle ! Qui vous a permis de venir m'emmerder hein ! Moi j'viens pas sonner à votre porte, tous les mêmes, les croquants, vous voyez pas que c'est vous l'esclave, prisonnière de votre p'tite vie bien carrée, vous me faites tous pitié quand je vous regarde passer ! Ah il est beau l'monde civilisé, j'vous l'dis moi, y'a qu'à voir vos tronches quand j'vous vois passer !

 

Je ne sais pas si c'était dû à l'alcool, aux pétards mais je me mis soudain à chialer tout mon soûl, je ne pouvais plus m'arrêter, je sanglotais comme une gamine, je ne me souvenais même plus de la dernière fois où j'avais pleuré avec autant d'intensité. C'était comme si, en moi, des vannes s'ouvraient pour libérer un torrent fougueux, trop longtemps retenu. Je me mis à lui tambouriner la poitrine, les poings serrés :

— Vous êtes odieux, pourquoi vous m'dites ça, vous ne me connaissez même pas !

 

Mon interlocuteur était décontenancé devant ma réaction, je le devinai au regard qu'il me tendit. Délicatement ; il prit mon bras :

Excusez-moi madame, j'voulais surtout pas vous vexer mais faut me comprendre aussi, vous m'avez réveillé et j'suis toujours comme un ours dans ces cas-là ! C'est pas une raison pour pleurer de la sorte, puis, sortant des mouchoirs en papiers de la poche de sa veste en jean, il m'en tendit un. Je continuais de laisser les larmes inonder mon visage, mon rimmel coulait, mes cheveux étaient en bataille mais j'm'en fichais. Voyant cela, il s'assit sur un carton et tapota le sol pour m'inviter à venir à ses côtés. Je l'ignorais à cet instant mais cette nuit-là allait changer radicalement le cours de mon existence. Comme pour prouver mes dires, l'homme tendit son bras au ciel, sous mes yeux brumeux, je vis une étoile filante fendre les cieux ! Il me serra les mains en m'enjoignant de faire un vœu.

Quand mes amies vinrent me chercher, inquiètes de ne plus me voir, elles furent ébahies de me trouver en pleine conversation avec un inconnu, qui plus est, visiblement pas du même monde qu'elles. Je les rassurai et leur présentai Luc, c'était son nom. Elles furent encore plus surprises quand je leur dis que je me débrouillerais pour rentrer et qu'elles ne m'attendent surtout pas.

Sous la voûte céleste, il a longtemps parlé et je buvais ses mots. C'était un baroudeur, anthropologue culturel, après de brillantes études et un doctorat en poche, il avait parcouru les quatre coins du globe, s'immergeant totalement aux seins des tribus qu'il étudiait. Le temps s'était aboli, j'étais au milieu de la forêt amazonienne avec lui, en Namibie, au pôle nord chez les Inuits. Quand le petit jour arriva, nous étions devenus les meilleurs amis du monde, j'avais envie d'en savoir plus, il avait ouvert une brèche en moi qui ne demandait qu'à être comblée, j'avais soif de son savoir. Dès lors, nous nous rencontrâmes régulièrement autour d'un café ou dans un jardin public. Une sorte d'accord tacite s'était installé entre nous, jamais je ne lui posais de questions sur sa vie privée. C'est ainsi qu'il m'avoua qu'à côtoyer de près les tribus, principalement les descendants des amérindiens, il avait fait siennes leurs croyances. Petit à petit, je sentais mon âme s'ouvrir à un autre horizon que mon quotidien étriqué. La graine était plantée et grandissait, les nuits, je repensais à nos conversations. Un après-midi alors que nous nous promenions au jardin des plantes, il me dit cette phrase qui est restée gravée en moi « Eponine, tu comprends, la société t'a enfermée et pris ton âme, tu es devenue ce que le système veut que tu soies, un parfait consommateur, les médias, les lobbyistes et les gouvernants t'ont formatée dès ta scolarité et même avant, à être un mouton, à avoir et non à être mais il ne tient qu'à toi de devenir qui tu es déjà ! Sois toi-même, délivre toi du carcan de la société, change toi et ose avancer sans masque. Souviens toi de cette phrase de Jean-Paul Sartre « on peut toujours faire quelque chose de ce qu'on a fait de nous » !.

 

A suivre


18/02/2017
0 Poster un commentaire

LES TÉMOINS DE LUMIÈRE

BIPEDES.jpg


Cela faisait maintenant presque une demi-heure que la tempête faisait rage, les éclairs déchiraient le ciel, illuminant le salon tout entier. La grêle battait les carreaux, le tonnerre rugissait, c'était un orage de tous les diables. J'avais débranché télé et ordis et deux lampes de poche, dont j'avais au préalable vérifié le bon fonctionnement, étaient posées devant moi. Par deux fois déjà, le courant s'était coupé pour, heureusement, revenir tout de suite. Je regardai ma montre, minuit passé, affalée sur le divan en bas, mon magazine à la main, je n'osais pas aller me coucher. Guy était parti le matin en déplacement et j'étais seule dans la grande maison, Gaïus, notre chat et Chipie la chienne étaient là bien sûr, mais eux non plus n'en menaient pas large, à les voir recroquevillés sur eux-mêmes, l'air apeuré. J'aurais voulu téléphoner à une amie, Claire, Roselyne ou Vivi, qui m'aurait rassurée, j'en suis sûre mais voilà, j'avais débranché la box, mon portable ne passait pas, comme d'habitude, dans ce coin paumé, ignoré par la 3G. J'étais donc désespérément seule et terrifiée, ayant une trouille terrible des orages, surtout la nuit car pire encore que les éléments déchaînés, ma hantise est de me retrouver dans le noir. A tel point que, même pour dormir, j'allume une veilleuse qui diffuse une pâle lueur rassurante. Quasi paralysée, j'essayai de me raisonner, mais rien à faire. Si j'avais pu, nul doute que j'aurais passé toute la nuit sur le divan, ou au moins attendre que l'orage cesse, mais j'étais toutefois obligée d'aller à l'étage, ne serait-ce que pour me déshabiller, brosser mes dents, mais plus important encore, le livre que je lisais était sur ma table de nuit. Zapper les ablutions du soir n'aurait pas été un souci mais impossible de me passer de mon bouquin. Je parlai tout haut dans la pièce, sous le regard étonné de mes compagnons, pour me donner du courage, prit résolument les lampes de poche et courus comme une dingue jusqu'aux escaliers que je grimpai quatre à quatre et ouvris ma chambre à la volée, tandis que mon cœur tambourinait à tel point que je crus qu'il allait me lâcher. Je me voyais déjà terrassée, victime d'une crise cardiaque, tout juste si je ne sentais pas des fourmillements dans le bras gauche, annonciateur du trépas. Je repris mon souffle tant bien que mal. Terrorisée, j'enfilai en quatrième vitesse mon grand tee-shirt et me glissai sous la couette sans passer par la case salle de bains, tout en serrant convulsivement mes deux lampes. Avant de bouquiner, je vérifiai une dernière fois que celles-ci fonctionnaient, j'avais par précaution, inséré des piles et ampoules neuves plus tôt dans la soirée.

Tout en tournant les pages de mon livre, je me rendis compte que je ne comprenais rien à ce que je lisais, mon esprit était ailleurs. Cela faisait maintenant une heure que la tempête faisait rage et je sentais l'angoisse sourdre. La chambre me semblait menaçante, je me forçai de ne pas regarder sous le lit, ma part rationnelle me disait que j'étais stupide mais je n'y pouvais rien, j'étais face à ma terreur, je n'étais plus une adulte mais une enfant épouvantée. Soudain, la chambre s'illumina, la foudre tomba avec un fracas terrible et je me trouvai plongée dans le noir total. Horrifiée, j'allumai les deux lampes posées sur mon lit. Rien ne se passa. Les doigts tremblants, je recommençai à appuyer sur les interrupteurs. Toujours rien ! C 'était tout simplement impossible, je les avais vérifiées et rien ne clochait. Une terreur sans nom m'envahit. Il se passait quelque chose de pas normal et je n'aimais pas du tout ça, j'avais l'impression d'être au cœur d'un roman de Stephen King. Tétanisée, je sentis une sueur aigre couler le long de mon échine tandis que je frissonnais. C'est alors que la chambre s'illumina, et ce que je vis faillit faire chanceler ce qui me restait de raison. Trois lumières aveuglantes, ressemblant étrangement à des formes humaines androgynes, s'élevaient devant moi, montant jusqu'au plafond, je pouvais distinguer leurs longs membres se tendre vers moi. Je n'eus même pas le temps de crier. L'une d'entre elle se pencha sur moi et me traversa toute entière. Je la sentis pénétrer par mes pieds, monter le long de mon corps pour parvenir jusqu'à mon esprit. Pourtant, je n'eus pas du tout mal, au contraire, une douce chaleur m'enveloppa aussitôt tandis qu'un bourdonnement, semblable au bruit d'ondes électromagnétiques, envahit mes oreilles. Je me sentis subitement légère. Quelque part, à l'orée de ma conscience, je sentais confusément que, maintenant que l'entité était en moi, je n'avais plus besoin d'avoir peur, j'étais en sécurité à leurs côtés, je n'aurais su dire pourquoi mais il émanait de ces êtres bizarres une bienveillance exceptionnelle. C'est alors que les deux autres créatures me prirent par la main. Le temps d'un battement de cil et je fus propulsée dehors, dans un espèce de tunnel, je me laissais guider, étrangement légère, je m'aperçus que mes pieds ne touchaient pas le sol, j'entendis clairement dans mon esprit une voix douce et cristalline « n'aie pas peur, tu ne crains rien, suis nous » Je voulus répondre mais je ne pouvais pas parler. Je me concentrai, comme lors d'une séance de méditation et pensai très fort « d'accord » tout en fermant les yeux. Lorsque je les rouvris, nous étions dans ce qui s'apparentait à un vieille salle de cinéma. J'étais assise entre mes deux gardiens sur un vieux fauteuil rouge de cuir usé. Elles pointèrent le doigt devant elles. Sous mes yeux ébahis, apparut la terre, comme vue d'un satellite. Elle se mit à emplir toute la surface devant moi, j'apercevais très nettement tous les continents, les océans. Je ne comprenais pas du tout ce que cela signifiait, semblant lire dans mes pensées, la voix fraîche se fit de nouveau entendre « ce que tu vas voir, nul humain ne l'a vu avant toi, désormais tu es un Témoin »

Qu'est-ce que c'était encore que cette histoire de témoins ? Et puis pourquoi justement moi, j'avais rien demandé, ma vie était déjà assez compliquée comme ça. Lors de notre dernière aventure, mes amis et moi, nous avions été confrontés au paranormal*, nous avions aussi vaincu des psychopathes, fomenté en secret des coups d'éclats pour réparer les exactions commises par un gouvernement corrompu jusqu'à l'os, mis notre vie en danger, rencontré même des personnages sortis des contes de fées.Tous ces actes avaient été commis grâce à notre association secrète « les Corneilles Justicières » aussi plus grand chose ne m'étonnait mais j'avoue que je n'en étais pas moins désarçonnée et curieuse tout à la fois de ce qui allait suivre.

 

Lisant dans mes pensées, un des êtres de lumière se pencha vers moi et sa voix retentit dans ma tête « tu comprendras tout le moment venu, maintenant regarde attentivement, chaque scène sera à jamais gravée en toi. Regarde et emplis ton âme de chaque image ! »

J'obtempérai sans discuter. Sous mes yeux éberlués, la terre se rapprocha, s'arrêta de tourner, et je devinai le continent américain, puis une étendue d'arbres comportant des zones complètement vierges, ravagées. Je compris immédiatement que c'était la forêt amazonienne, telles des fourmis, j'aperçus des hommes abattre les arbres par centaines. Des gerbes de sang s'élevaient dès qu'ils touchaient terre, éclaboussant les habits, les visages des hommes qui ne voyaient rien, bien entendu. D'eux, émanait une aura noirâtre, je sus combien leurs âmes étaient mauvaises, je le ressentis au plus profond de moi, j'avais compris que ce que je voyais n'était que des projections mentales que m'infligeaient ces êtres bizarroïdes, par contre j'ignorais dans quel but j'assistais à de telles atrocités. Puis, subitement, le décor changea, la forêt fut remplacée par ce qui ressemblait à une superbe salle de réception d'un grand palace parisien. Une pièce somptueuse, ornée d'une grande rosace au plafond, supportait, en son centre, un lustre constitué de pampilles de cristal de Bohême, de riches tapisseries d'Aubusson décoraient les murs, des œufs de Fabergé étaient posés négligemment ça et là, sur des petits guéridons précieux. Des femmes, habillées par les plus grands couturiers (je reconnus certaines vedettes du petit écran ainsi que des hommes politiques) conversaient avec leurs congénères, une coupe d'un champagne millésimé à la main tandis que du petit personnel s'affairait, apportant caviar et petits fours, s'assurant que personne ne manque de rien. La gent féminine exhibait avec ostentation ses diamants, en tournant la tête d'un geste habile qu'on aurait pu croire naturel, sauf qu il avait été étudié minutieusement auparavant devant la glace, avec force de mimiques. Je sentais combien ces riches personnes étaient superficielles, une aura rouge, celle de l'envie, de la vénalité et de la convoitise émanait de tous ces bipèdes verticaux se faisant des courbettes, portant le masque de la bienséance. A cette image d'opulence, se superposa alors un autre tableau. Des enfants miséreux dans les mines lointaines, courbés, sales et en guenilles, passant leur courte existence dans des galeries, comme l'avaient fait leurs parents et les parents de leurs parents avant eux, entaillaient la roche, à la recherche du précieux minéral qui leur assurerait de quoi subvenir aux besoins de la famille pendant un court moment. A le raconter, je me rends bien compte que tout cela paraît affreusement cliché et surfait pourtant je l'ai vu, de mes yeux, ou plutôt par ceux de l'androïde. La scène se troubla pour être aussitôt remplacée par un quartier de la capitale. Peut-être les quais de la Seine, aux abords de bouches de métro, mais peu importe le lieu, des enfants fouillaient dans les poubelles à la recherche de nourriture tandis que des hommes et des femmes tentaient de se réchauffer auprès d'un brasero, d'autres tendaient la main sous l'oeil goguenard des passants. Certains étaient allongés sur une simple couverture, recouverts de papiers journaux. Je percevais leur aura de douleur, une couleur pourpre. Des larmes roulèrent sur mes joues, je ne tentai pas de les essuyer. Sans aucune transition, ce sinistre tableau disparut et je vis la péninsule arabique. Je vis l'innommable, des enfants guerriers, Kalachnikovs à la main, des femmes torturées avant d'être lapidées, des charniers à ciel ouvert, des armes brandies par des hordes de fous furieux et toujours le sang partout, engorgeant la terre, s'élevant jusqu'aux cieux. Je vis des femmes mutilées au plus profond de leur intimité, des enfants violés, des fillettes hurlant alors qu'on les arrachait aux bras de leurs parents qui les avaient vendus parce qu'ils ne pouvaient subvenir à leurs besoins. Mes larmes redoublèrent, je crois que je commençais à comprendre ce que voulait dire « Témoin ». Je voulus demander pourquoi moi, je savais déjà, comme beaucoup, toutes ces exactions et injustices de par le monde mais l'espèce d'androïde électrique me dit de me taire et de continuer de regarder. De nouveau, une immensité désertique, au sol craquelé, se refléta, je vis des cases, des enfants au vendre arrondi par la malnutrition, les yeux immenses, sur lesquels se posaient les mouches. Je vis le fond des océans pollués, des chasseurs tuant les éléphants pour l'ivoire, des rhinocéros amputés de leur corne, des hommes harassés défiler dans les rues dans divers pays de la péninsule, brandissant bannières et écriteaux. Puis comme dans un film en accéléré, les images se succédèrent, César et le peuple se réjouissant devant des êtres humains se faisant dévorer par des lions, des hommes se battant jusqu'à la mort pour le plaisir des rois tandis que le peuple se terrait, je vis les esclaves dans les champs de coton implorer Dieu, les lynchages des noirs par des fous furieux encapuchonnés, les bûchers sur la place publique où brûlaient les prétendues sorcières, sous la harangue de la foule déchaînée. Je vis le champignon nucléaire qui décima Hiroshima et eut des répercussions sur sa population durant des décennies, je vis des camps de concentration emplis de douleur, de souffrance intolérable, je vis des potences s'élevant dans le ciel. Je compris alors que j'assistais à la barbarie de l'homme et à l'agonie de la terre, j'éprouvai alors un grand sentiment de honte. Les yeux noyés de larmes, je pensai très fort « pourquoi, pourquoi m'infliger cela ? je sais que l'homme est la pire des espèces vivantes de la planète, je sais qu'il est le seul prédateur à éprouver du plaisir quand il tue mais pourquoi ? Pourquoi moi ?  ».J'aurais voulu prendre ma tête entre les mains mais je m'aperçus que c'était impossible. J'étais figée sur ce fauteuil qui n'était qu'une projection mentale de ces drôles d'aliens. J'attendis un long moment, je crus qu'ils n'allaient rien me dire, puis soudain, tout s'illumina de nouveau, la terre disparut et je vis défiler des visages célèbres, il y eut Martin Luther King, mère Térésa, l'Abbé Pierre, Gandhi, Nelson Mandela et bien d'autres, tous étaient auréolés d'une douce lumière bleu. Je saisis immédiatement le sens de cette image. Les hommes n'étaient pas tous mauvais, voilà ce que ces êtres venus d'ailleurs voulaient me dire, certains avaient œuvré toute leur existence pour un monde meilleur, la plupart s'étaient fait lâchement assassiner. Néanmoins, je continuais à me demander pourquoi moi, je n'avais pas du tout l'étoffe d'une héroïne et je tenais à ma peau, que pouvais-je faire ? Perplexe, je les regardai tour à tour « qu'est ce que vous attendez de moi ? » pensai-je. Ils me dirent de continuer de regarder. Sidérée, je vis l'image de mes amis, ils y étaient tous, toute la bande des « Corneilles Justicières », Vivi qui rigolait franchement, Roselyne, devant son clavier, Claire examinant son smartphone, Lafée courant dans une rue et Laurent, les mains dans le dos, contemplant la lune, c'était incroyable ! Pourquoi eux ? Que venaient ils faire dans cette histoire ? Leur visages devinrent flous et j'eus devant moi de nouveau la terre mais celle-ci était différente. Je devinai des champs de fleurs, des jardins enchanteurs aux arbres ployant sous de superbes fruits , des océans vierges de toute pollution. Les hommes étaient heureux, l'aura noirâtre avait disparu, ils étaient nimbés de bleu, la même couleur que celle des grands hommes de paix. Plus aucune voiture ne circulait. De charmantes petites maisons, ressemblant à celles des Hobbits étaient disséminées partout sur le globe. Plus de gratte-ciel, de métro. J'étais stupéfaite devant cette magnifique vision ! Mes yeux s'écarquillèrent. L'une des créatures se mit alors à me parler par télépathie. Quand elle eut terminé, j'étais sidérée par toutes ces révélations.

 

Ces espèces d'extraterrestres étaient des G.E.T.U., des Gardiens Éclaireurs de tous les Univers. Cela faisait des millénaires qu'ils veillaient sur les planètes et la situation sur terre devenant de plus en plus préoccupante, ils avaient décidé de passer outre l'interdiction de ne jamais se faire voir par la race humaine. Venus d'une lointaine nébuleuse, ils avaient décidé de jeter leur dévolu sur l'un de nous. Ils profitèrent de la foudre pour entrer en contact avec moi. Ils me dirent que notre mission était désormais de parcourir le monde en apportant des messages de paix aux hommes. Je leur rétorquai que j'étais pas Jésus, qu'il faudrait voir à pas confondre, j'me sentais pas du tout l'âme d'une prédicatrice et leur rétorquai que cela faisait des millénaires qu'il en était ainsi. Ils me dirent que justement, bientôt cela changerait, le réchauffement climatique, les inondations, les catastrophes n'étaient que les signes avant-coureurs de la maladie de la terre. La cupidité sans bornes du bipède pensant était en train de transformer notre planète en un immense cimetière, pour échapper à l'extinction de son espèce, il fallait des êtres de bonne volonté et surtout convaincants. Ils me dirent encore que nous avions été choisis pour deux raisons, la première étant que nous étions des petits auteurs anonymes, la deuxième parce que nous avions eu le courage de nous opposer aux gouvernants pourris afin de fonder notre organisation secrète. Je rétorquai que la tâche était bien trop ardue, que jamais nous n'y parviendrons, comment changer le cœur des hommes ? Ils me rassurèrent en me disant que nous bénéficierons de leur aide, invisible, cela va de soi. Ils conclurent en disant qu'ils ne seraient jamais loin et qu'il suffisait d'y croire pour y parvenir, c'est la raison pour laquelle ils m'avaient laissé entrevoir la terre telle qu'elle serait une fois débarrassée de toutes les impuretés de l'homme. Je me sentis soudain propulsée à travers le tunnel que nous avions traversé mais cette fois j'étais seule.

 

Quand je rouvris les yeux, j'étais dans mon lit, ma veilleuse allumée, le jour venait de poindre. Je sentais de l'électricité statique parcourir mon corps, je sus que je n'avais pas rêvé. Je me précipitai en bas pour appeler mes amis via Skype. La tâche qui nous attendait était ardue mais je me souvenais de la dernière phrase entendue « Il suffit de croire en votre succès et vous vaincrez, soyez en assurés » Comme l'aurait dit Vivi « à cœur vaillant, rien d'impossible » et l'impossible, nous commencions sérieusement à en connaître un sacré rayon !


06/06/2016
0 Poster un commentaire


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser